J'ai enseigné à ma fille ce que je savais jouer, compte tenu qu'elle prenait des cours de piano. Mon premier travail a porté sur La Bohème, non pas celle de Puccini mais sur celle de Charles Aznavour. En ré mineur.
Immédiatement après cette première acquisition je me suis concentré, on s'en serait douté, sur Julio Iglésias, « Vous les femmes »… Le professeur de piano a souri et observé que le père connaissait ses classiques.
La voie était ouverte, l'enfant était particulièrement réceptive, possédant une main droite subtile, nuancée, et une bonne mémoire auditive.
Elle possède l'immense chance qu'on lui ait payé des cours de musique et qu'à ce prix, elle devienne capable de lire des notes sur une portée, chose que je n'ai jamais su faire.

Je n'ai pas laissé tomber mon projet pour autant et mon objectif suivant fût de lui enseigner le morceau que j'affectionne particulièrement « Le final du choral de la passion selon Jean Sébastien Bach, » elle le joue en un mois sans une fausse note, avec intelligence et sensibilité.
Ce morceau, je l'ai appris chez les Jésuites. Sa mère s'indigne de l'absence de main gauche. Normal.
Le prof de musique, à qui elle fait écouter son impeccable et subtil enchainement de notes, lui donne la partition et que découvrons-nous ?
Il n'existe pas de main gauche. Ce morceau, écrit pour l'orgue, et non pour le piano, ne comprend, pour la main gauche, qu'un do de base et un sol.
Ma fille est contente. Sa main droite vole sur le clavier.