La tentation d'exister

Assieds-toi

 

Assieds-toi sur le bord d’une ondante rivière :

Tu la verras fluer d’un perpétuel cours,

Et flots sur flots roulant en mille et mille tours

Décharger par les prés son humide carrière.

 

Mais tu ne verras rien de cette onde première

Qui naguère coulait ; l’eau change tous les jours,

Tous les jours elle passe, et la nommons toujours

Même fleuve, et même eau, d’une même manière

 

Ainsi l’homme varie, et ne sera demain

Telle comme aujourd’hui du pauvre corps humain

La force que le temps abrévie et consomme :

 

Le nom sans varier nous suit jusqu’au trépas,

Et combien qu’aujourd’hui celui ne sois-je pas 

 Qui vivais hier passé, toujours même on me nomme.

                                         Jean-Baptiste Chassignet



Article ajouté le 2008-10-17 , consulté 53 fois

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